C’est pas ma faute, c’est celle de l’autre ! Jouer avec un “mauvais improvisateur”
Combien de fois une formatrice ou un formateur en improvisation théâtrale entend-il cette phrase ? Aussi bien chez des improvisateurs débutants que chez des comédiens chevronnés, il est facile de rejeter la faute sur le partenaire de jeu. “Il n’a pas écouté ma proposition”. “Il dit tout le temps non”. “Bah oui mais son idée n’était pas bonne”. L’autre est le “mauvais improvisateur”.
On a une confession : nous aussi on a un jour prononcé l’une de ces phrases ! Jusqu’à ce qu’on nous enseigne que si l’impro ne marche pas, c’est aussi (et surtout) ma faute. Le mauvais improvisateur, c’est peut-être moi ! Je m’estime plus compétent que mon partenaire ? Alors plutôt que de faire la sourde oreille à ses propositions ou vouloir prendre toute la place car je ne lui fais pas confiance pour jouer, je prends en compte ses propositions.
Il n’écoute pas mes interventions ? Alors je l’intègre à la scène : mon personnage cohabite avec un personnage qui ne l’écoute jamais, qu’est-ce que cela lui fait ? Va-t-il vouloir divorcer (s’ils sont en couple) ? Va-t-il essayer de le raisonner ?
Mon partenaire surjoue, ses émotions sonnent faux ? Alors je l’intègre à la scène : mon personnage cohabite en cet instant avec un personnage qui est à fleur de peau et prend tout beaucoup trop à cœur ! Comment réagit mon personnage à cela ?
Analyser, exprimer, se laisser impacter et réagir
Allez, fini les préjugés ! Si je trouve que notre scène marche mal, je cherche pourquoi. Et le mot “notre” n’est pas anodin, la scène je la construis autant que celui ou celle que je considérais comme un mauvais partenaire de jeu. Après avoir trouvé ce qui bloque selon moi, je le dis à haute voix (c’est donc mon personnage qui le formule). Et je vois en quoi cela m’impacte, et en quoi cette réplique impacte mon partenaire de jeu. La scène évolue, en transformant ce qui était vu comme une erreur, en un nouvel élément constitutif de notre histoire.
Le stage “Kit de survie” que propose Emilie Mendonça apporte des clés pour s’entraîner à dépasser nos blocages. Les blocages intérieurs (manque de confiance en jeu, zone de confort trop étroite, problèmes d’écoute) et les blocages extérieurs lorsque je pense encore qu’il y a des mauvais improvisateurs !
Finalement, en improvisation comme dans la vie, lorsqu’il y a un problème entre deux personnes, j’y ai souvent ma part de responsabilité, non ?
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